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Revenons aux luttes sociales, pas religieuses



Il n’y a pas de haine des musulmans en France. Il y a du racisme. De l’antisémitisme aussi. Comme il y en a toujours eu. Et comme, je le crains, il y en aura toujours.

Pour avoir suivi de près un certain nombre de grandes luttes sociales dans ce pays entre 1983 et 1990 (Talbot à Poissy, la sidérurgie en Lorraine…), je souhaite témoigner d’un point qui, justement, m’a marqué tout au long de ces années : dans tous ces conflits, aucune différence n’était faite entre les ouvriers qui se battaient pour leur beefsteak. Ah si, certains faisaient déjà la différence et exprimaient leurs opinions racistes, rarement anti-musulmanes. Mais nous en étions à une forme de racisme. Pas en Lorraine, mais chez Talbot où la CSL (le syndicat facho) était présente. Pour ce qui concerne tous les autres syndicats (CGT, FO, CFDT…), la lutte se faisait main dans la main, personne ne considérait la couleur de peau ni la religion, et donc personne ne faisait la différence entre un ouvrier français catholique et un Marocain musulman. Les revendications étaient identiques : meilleures conditions de travail, augmentation de salaire. Cette absence de différence se traduisait notamment par l’édition quotidienne de centaines de tracts en deux langues : en français et en arabe. Des délégués syndicaux étaient arabes, et donc sans doute musulmans. Chez Talbot, il y avait un coin réservé à la prière musulmane. Ça ne gênait personne !

Même si tout avait déjà commencé à changer dans le reste de la France avec la percée de Le Pen en 1984 (mais ce n’était pas perceptible là où se déroulaient les combats ouvriers), le véritable tournant est sans conteste l’affaire de Creil. C’est au moment même où DES musulmans ont décidé de faire entrer leur religion dans le domaine public que les crispations ont commencé à apparaître. Si, alors, la majorité des musulmans était descendue dans la rue, non pas pour défendre le port du voile (comme certains l’ont fait), mais pour convenir qu’il n’existait pas jusque-là et qu’il n’avait par conséquent aucune raison de faire son apparition, alors nous n’en serions certainement pas là aujourd’hui. Mais s’ils ne l’ont pas fait, c’est sans doute parce qu’eux non plus n’imaginaient pas la façon dont allait évoluer la situation. En réalité, tout le monde s’est fait piéger par l’intrusion sournoise des Frères musulmans dans la société française et par la lente diffusion de leurs idées morbides. Hormis Gilles Kepel dans son livre Les banlieues de l’islam (1987), rares sont les intellectuels à avoir vu venir ce phénomène.

Évidemment, les drames que nous avons vécus depuis Merah jusqu’à l’attentat contre la mosquée de Bayonne sont d’une nature encore bien plus grave, mais ils sont la conséquence de notre aveuglement (et dans « notre » j’inclus l’immense majorité des musulmans de France).

S’il est désormais urgentissime de calmer ces débats (qui n’ont plus rien de sociaux comme chez Talbot), il ne faut pas, de nouveau, retomber dans une forme d’aveuglement qui ne peut que durcir encore des rapports déjà tendus. Ainsi, participer à une manifestation prétendument destinée à défendre « les » musulmans est un piège tellement grossier tendu par ceux-là même qui ont largement contribué à instaurer cet état de fait, que je me demande à quoi pensent des « responsables » politiques qui apportent leur soutien à de tels événements.

D’ailleurs, je me demande plus globalement ce que pensent l’ensemble du personnel politique de ce sujet particulier - qui n’est certes pas l’alpha et l’oméga du fonctionnement de ce pays -, car il prend une telle place qu’il serait urgent d’apporter un peu de sérénité et d’apaisement. Il serait temps de réfléchir à celui ou celle qui serait en capacité d'y parvenir en 2022, en espérant qu’il ne sera pas trop tard.

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