Rechercher

Comment créer de l'angoisse



Hier en fin de matinée, un avion franchit le mur du son ! Événement incroyable ! Les chaînes d’information en continu se mobilisent. Elles font appel à pas moins de cinq généraux, qui n’hésitent pas à reprendre du service. Et à des spécialistes de la spécialité comme Michel Chevalet, 81 ans aux prunes, qui est à la science ce que Geneviève Tabouis était à la politique avec son fameux « Attendez-vous à savoir… » Lequel Chevalet va expliquer le principe du « boum » occasionné par ce franchissement, aussitôt démenti par l’un des hauts gradés. Tout cela va occuper les antennes l’intégralité de l’après-midi et une partie de la soirée.

Rappelons que le premier pilote français à avoir franchi le mur du son est le colonel Rozanoff. En… 1954 ! Mais revenons à hier en apportant quelques précisions. D’abord que ce fait majeur s’est produit au-dessus de Paris. Ensuite que nous avons appris dans les minutes qui suivaient que l’avion de chasse était un Rafale parti d’urgence en mission « d’interception ». En langage militaire, ça signifie que le pilote se dirige vers un aéronef (généralement civil) qui s’est perdu ou qui, pour une raison ou pour une autre, a perdu le contact avec les contrôleurs aériens. Une mission tellement banale qu’il y a eu, en 2019, 450 alertes de ce type qui ont entraîné plus de 200 sorties d’avions de chasse.

Bien sûr, vu sous cet angle, ça méritait un reportage d’une minute. Et encore, parce que ça s’est déroulé à Paris. Si ç’avait été au-dessus du Morvan, personne n’en n’aurait jamais rien su. Sauf que pour meubler l’antenne, il fallait imaginer toutes les hypothèses. Et si c’était un avion détourné, que se serait-il passé ? Et si le pilote n’avait pas répondu aux signaux de l’avion militaire ? Avec, forcément, la question qui tue : « Le pilote du Rafale aurait-il pu être amené à détruire l’avion civil en vol ? »

Face à ces 6 ou 7 heures d’antenne consacrées à cet événement, qui n’ont eu pour conséquence que de créer de l’angoisse, avec la bienveillance de généraux et autres experts prêts à cautionner ce genre d’exercice, je me suis mis à repenser aux milliers d’heures passées sur le covid depuis le mois de janvier et sans interruption, avec la même bienveillance de tous ces éminents professeurs. Les généraux d’hier, eux, sont en retraite. Et en plus ils étaient tous d’accord ! Pas les médecins qui nous expliquent par ailleurs qu’ils sont débordés dans leurs hôpitaux…

56 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout